Cycle Préparatoire ATPL – ENAC

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Source de l’image : http://www.alumni.enac.fr/gene/main.php?base=134&tag=IENAC

Septembre – Décembre 2015 : Le temps passe –  durant la seconde année de mon DUT en Génie Mécanique – et je n’ai toujours pas de plan défini pour la suite. Je passe donc un temps considérable à récolter des informations sur les différents chemins qui mènent aux commandes d’un avion de ligne. J’ai étudié en détail les formations en Europe mais aussi outre-Atlantique et je fais le choix d’effectuer ma formation en « modulaire » en commençant par un ATPL théorique à CAE Oxford Aviation Academy.

Cependant j’avais toujours dans un coin de la tête l’ENAC (Ecole Nationale de l’Aviation Civile) dont j’entends parler depuis mon enfance comme étant « La Voie Royale » pour accéder à ce métier. Rebuté par le nombre très restreint de places comparé à la quantité assez impressionnante de candidats, je me dis que je n’y arriverai jamais et que ce serait une perte de temps. Je décide cependant, encouragé par mon père notamment, de tenter ma chance pour le concours « Cycle Préparatoire ATPL ».

Je vais commencer par une petite présentation de l’ENAC et de la formation en question.

 « Créée en 1949 à Orly, installée à Toulouse depuis 1968, rejointe par le Service d’Exploitation de la Formation Aéronautique (SEFA) depuis le 1er janvier 2011, l’Ecole Nationale de l’Aviation Civile (ENAC) est l’unique exemple d’une seule école proposant un ensemble aussi large et aussi complet de formations et d’activités destinées au domaine aéronautique et en particulier au secteur du transport aérien. » Source

« Parallèlement à la formation d’Elève Pilote de Ligne qu’elle dispense depuis plus de 50 ans, l’ENAC ouvre un cycle préparatoire à l’ATPL (Airline Transport Pilot Licence).
Cette voie nouvelle vise, à permettre à quelques élèves, d’origine sociale modeste, ayant déjà fait preuve d’un intérêt avéré pour les activités aéronautiques et possédant un bon potentiel scolaire, de préparer l’ATPL.
L’ATPL est la licence  européenne de pilotage avion indispensable à l’exercice de la profession de pilote de ligne, du moins en tant que Commandant de bord.  Elle est composée d’une partie théorique et d’une partie pratique.
Ainsi une grande motivation pour les activités aéronautiques, une origine sociale modeste, un bon niveau d’anglais, de bonnes connaissances scientifiques, de réelles qualités morales, constitueront  les principaux critères d’accès dans le cycle préparatoire ATPL de l’ENAC. »

Page dédiée au concours (+ conditions d’admission)

Pour résumer, les prérequis pour pouvoir candidater à cette formation sont :

  • Etre en terminale OU être en IUT, STS, BTS ou CPES
  • Etre âgé de plus de 16 ans et de moins de 21 ans
  • Etre bénéficiaire d’une bourse des lycées OU de l’enseignement supérieur OU satisfaire aux critères définis pour l’attribution d’une bourse de l’enseignement supérieur
  • Avoir son BIA OU être présenté par une fédération aéronautique OU un lycée aéronautique
  • Etre ressortissant d’un pays de l’UE

Une fois que l’on remplit tous ces critères, il est possible de monter un dossier en ligne sur le site de l’ENAC. Si celui-ci est validé, c’est parti pour une aventure incroyable, peu importe son dénouement final !

Le but de cet article est d’exposer le processus de sélection (de manière non exhaustive) tout en y ajoutant mon ressenti au long de celui-ci. Il n’est peut-être pas particulièrement facile à lire dans son intégralité, mais contiendra des informations utiles – ou du moins je l’espère – à ceux qui souhaiteraient tenter leur chance.

Excepté l’évaluation scientifique + connaissances aéronautiques et l’entretien de motivation avec le jury, les épreuves sont les même pour les EPL/S et EPL/U.

Première chose à savoir : durant le processus de sélection, chaque étape est éliminatoire. Les notes minimales à avoir varient entre 8/20 (pour les PSY1) et 10/20 (pour tout le reste).


I _ Dossier de candidature

Inutile pour moi de répéter tout ce que vous pouvez trouver sur le site de l’ENAC à son sujet, mais je tiens juste à rappeler qu’il est important de soigner ses notes durant sa scolarité ainsi que ses appréciations. Ne pas oublier cependant – si l’on est un élève moyen, comme moi – que le niveau de bourse ainsi que la (ou les) lettre(s) de motivation sont aussi très importantes.

  •  En 2016, 115 dossiers ont été validés.

II_ Evaluation scientifique et connaissances aéronautiques

Cette étape se décompose en deux parties :

  • Une évaluation scientifique en deux parties, elle aussi, mais ne formant qu’une seule note :
    • Mathématiques (2/3 des questions) sur le programme de terminale STI2D.
    • Physique (1/3 des questions) sur le programme de 1ère ES.

Le but ici est de n’éliminer aucune filière pré-Baccalauréat mais de demander néanmoins un niveau scientifique minimum.

Vous pouvez vous préparer à ces épreuves en travaillant avec les livres de révisions pour le Baccalauréat et éventuellement avec vos cours si vous êtes en Terminale.

  • Une évaluation de connaissances aéronautiques basée sur le programme du BIA de l’année de la sélection.

Rien de bien sorcier, veiller cependant à ne faire l’impasse sur aucune partie du programme.

  • En 2016, 46 personnes sont présentées à ces évaluations.
  • La note minimale pour passer à l’étape suivante est 10/20.
  • Pour les EPL/S cette épreuve est différente et basée sur le programme de Maths Sup. Plus d’informations ici.

III_ PSY1

L’évaluation psychotechnique et psychomotrice – plus communément appelée PSY 1 – consiste en l’évaluation de vos capacités dans 6 domaines : Attention, Verbale, Raisonnement, Multitasking (multitâches), Spatiale, Numérique.

Cette phase ne demande aucune connaissance aéronautique particulière et va permettre d’évaluer vos capacités à pouvoir suivre la formation (notamment pratique) à l’ENAC. Elle se termine par un test de personnalité.

Certains disent qu’il s’agit de capacités intrinsèques et qu’une préparation n’est pas nécessaire. En ce qui me concerne, je ne suis pas du tout d’accord. Plus on se prépare, meilleur on devient et – par conséquent – meilleures seront les notes.

L’ENAC envoie quelques jours avant l’épreuve un lien sur lequel vous pourrez vous entrainer à toutes les épreuves qui auront lieu le jour J. Cependant mon conseil serait de se préparer bien plus longtemps à l’avance. Pour ce faire, vous pouvez vous inscrire sur « pilotest » ou « epltest », moyennant finance (une centaine d’euros).

Vous avez un aperçu des épreuves dans le document Guide EPL 2015 page 24 à 108.

  • En 2016, 26 candidats sont arrivés aux PSY1.

IV_ PSY2

Les PSY 2 se déroulent sur 2 journées et se composent de plusieurs entretiens et épreuves de groupe.

Durant la première journée vous subirez les épreuves de groupe, un entretien avec un psychologue, un entretien avec les pilotes et un entretien en anglais.

La journée commence à 8h par les épreuves de groupe. Nous étions un groupe de 5 candidats face à un jury composé d’un psychologue et de deux pilotes pour réaliser 3 épreuves :

  • La première épreuve était un exposé individuel sur un sujet choisi parmi les 6 proposés à chaque candidat (chaque candidat dispose d’une liste différente de sujets). Cette liste comporte 5 sujets sur des sujets extrêmement variés et un sujet aéronautique. Il s’agit là – après une préparation de 10 minutes – d’exposer son sujet au jury ainsi qu’aux autres membres du groupe durant 10 minutes. Il est également conseillé d’inclure un débat avec ces derniers durant le temps imparti.

Choisir le sujet aéronautique n’incitera pas forcément le jury à vous mettre une meilleure note, même s’il est probable que les pilotes préfèrent entre parler d’avions plutôt que de pêche à la mouche. Attention cependant à maîtriser un minimum le sujet que l’on choisit.

  • La seconde épreuve était une résolution de problème en groupe. Un même sujet est distribué à chaque candidat et vous disposerez de 30 minutes pour réfléchir au problème, y trouver une solution et exposer celle-ci au jury. Il s’agit là d’évaluer notre capacité à travailler et à résoudre un problème en équipe. Le jury regarde particulièrement notre positionnement au sein du groupe : il est conseillé d’être ni trop en avant ni trop en retrait. Des interventions pertinentes au moment opportun, une capacité de synthèse et d’inclusion de tous les membres du groupe au processus de réflexion sont des qualités qu’il faut travailler préalablement au jour J.
  • La troisième épreuve ressemblait à la seconde à la différence près que chaque membre du groupe n’avait qu’une partie de la solution et qu’il fallait donc inclure un temps de mise en commun des informations. Ne pas hésiter à passer le temps nécessaire à cette étape car elle est très importante et évite de perdre un temps précieux par la suite.

Une fois ces épreuves de groupe terminées, le groupe se sépare et certains se dirigent vers le test d’anglais pendant que les autres rejoignent le psychologue ou les pilotes pour un entretien en « tête à tête ».

L’entretien avec les pilotes est principalement axé sur nos motivations aéronautiques, notre connaissance du métier, du milieu de l’aérien et sur nos qualités morales et comportementales. Ce dernier point est très important : il faut leur donner envie de faire de vous leur élève ou copilote. Les pilotes sont des instructeurs de l’ENAC, souvent anciens pilotes de ligne, mais pas nécessairement.

Le psychologue va quant à lui axer son entretient sur notre personnalité, savoir qui on est, déterminer notre niveau de maturité et notre connaissance de nous-même. Une liste de questions – non exhaustive – sur lesquelles on peut tomber sont disponibles dans le Guide EPL. Préparer une réponse à chacune de ces questions peut-être une bonne idée, mais il est préférable de garder une partie de spontanéité pour le jour J.

Pour ces deux étapes, ils vont d’abord vous laisser vous présenter et il faut donc avoir préparé un résumé de sa vie sans pour autant oublier d’informations importantes. Durant mes passages, ma présentation durait entre 5 et 10 minutes et cette durée a semblé leur convenir.

L’entretien en anglais se compose d’une écoute de bande de 2 minutes suivie d’une préparation de 20 minutes. Durant ces 20 minutes, nous pouvons réécouter la bande audio à notre guise et il faut réellement en profiter car il vous sera demandé par la suite une explication et un relevé exhaustif de toutes les informations que vous avez entendues. Une fois les 20 minutes écoulées, l’entretien commence. Tout d’abord, l’examinateur vous demandera de vous présenter (encore ?!), mais en anglais (of course!). Il va ensuite vous poser des questions sur votre vie ou vous demander d’expliciter certains points de votre présentation. A la fin de cette présentation l’examinateur vous demandera de parler de votre bande audio et posera des questions une fois votre exposé terminé. Ses questions porteront principalement sur les mots difficiles ou les expressions – parfois assez particulières – qui était présents dans la bande audio. Comme pour l’apprentissage de toutes les langues, il n’y a pas de secret. Si vous avez la possibilité de vivre pendant un période prolongée dans un pays anglophone c’est l’idéal. Si ce n’est pas votre cas, suivre attentivement les cours d’anglais à l’école, regarder des séries, le journal et même lire des livres en anglais vous préparera assez bien à cet exercice.

La journée se termine là-dessus et vous avez une fin d’après-midi et toute la soirée pour décompresser et vous préparer à l’épreuve du lendemain.

La deuxième journée ne comporte qu’une seule épreuve : l’entretien avec le jury.

Cette épreuve – spécifique au concours C.P. ATPL – se déroule face à un jury composé de 3 personnes : l’Inspecteur d’Etudes (I.E.) du Cycle Préparatoire ATPL, le responsable de la formation théorique et le responsable de la formation pratique. En clair, vos « patrons » durant les 3 années à venir.

Cet entretien, appelé « entretien de motivation », est – comme son nom l’indique – centré sur votre motivation à devenir pilote et à suivre le cursus C.P. ATPL. Il dure une vingtaine de minutes et commence par une présentation (c’est la dernière, promis !), durant laquelle il faut mettre en avant votre expérience aéronautique et vos motivations, suivie de questions diverses. Ne pas oublier également d’apporter ses titres aéronautiques si vous en possédez (BIA, carnet de vol, etc.) car ils les consultent durant l’entretien.

Une fois l’entretien avec le jury terminé, la pression retombe rapidement … en attendant le stress préalable à la publication des résultats !

Si je peux me permettre trois conseils, les voici :

Soigner son style vestimentaire : la combinaison costard + cravate + chaussures de ville est de rigueur. Ce n’est pas obligatoire mais ça fait toujours plus sérieux et avoir un costume dans sa garde-robe ça sert forcément un jour !

Ne pas s’enfermer dans l’esprit concours : Vous n’êtes pas obligés de divulguer tous vos petits secrets mais faire preuve de mauvaise foi et avoir une mauvaise mentalité vous écartera du reste du groupe. Il est important que les relations soient – à minima – cordiales, ça vous évitera un stress supplémentaire et croyez-moi, vous n’en avez pas besoin durant ces deux jours !

Se renseigner un maximum sur l’ENAC, son histoire, son organisation, le déroulement de la formation et sur le milieu aéronautique en général. Votre niveau de connaissances sur milieu peut faire la différence durant chacun des entretiens.

  • En 2016, 19 candidats sont arrivés aux PSY2 pour 5 places.

Remerciements

Je souhaiterai remercier particulièrement madame Audouze avec qui tous les candidats ont correspondu durant le processus de sélection et qui a su nous rassurer et nous remotiver durant les épreuves. Je tiens aussi à remercier les ATPL 15, Rémi (ATPL 14) et Melody (IUT GMP) pour leurs conseils très utiles. Pour finir, un grand merci à tous les candidats de cette année, l’ambiance durant les sélections était conviviale et relativement détendue.

L’école recherche des élèves avec un niveau de connaissances et de potentiel d’apprentissage scientifique assez conséquent mais surtout un futur pilote de ligne qui devra travailler en équipe, agir rapidement, sous pression et parfois en situation dégradée. De ce fait avoir certaines qualités morales sont prépondérantes. Je n’ai pas la prétention de toutes les connaître mais je pense que l’humilité en est une très importante.

Il ne faut pas non plus vous décourager si votre expérience aéronautique est très faible, plusieurs candidats ont déjà été admis sans pour autant avoir des heures de vol. L’important est de montrer votre motivation en faisant un vol de découverte par exemple, ou en passant votre BIA.


Après une attente insoutenable, le 04 Juillet 2016 à 17h, j’apprends que je suis classé … 3ème ! Emparé d’une joie immense , j’ai du mal à imaginer toutes les choses merveilleuses qui m’attendent.

La visite médicale Classe 1 me donnait le droit de réaliser mon rêve, l’ENAC m’en donne maintenant les moyens. Le reste ne dépends (toujours) plus que de moi !


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